<< La tâche n'est pas tant de voir ce que personne n'a jamais vu, mais bien de penser à quelque chose à laquelle personne n'a jamais pensé et que tout le monde voit >>

                                                          Arthur Schopenhauer, philosophe allemand (1778-1860)


Dans ce vidéo on explique comment c'est possible au Québec de rouler sur 150 km de terres publiques continues et devoir payer des droits pour prendre les chemins de travers.



                       Attention, les surlignés sont des liens

La grande agglomération de Marseille fait 1.8 millions d'habitants vs 4.5 pour Montréal (avec les couronnes nord et sud). Marseille est tout de même la deuxième plus grande ville de France et les Marseillais sont immensément plus gâtés en espaces naturels librement accessibles que les Montréalais, et de plus, gratuitement. Premièrement, aux portes de la ville côté sud, ils ont le Parc National des Calanques dont la partie terrestre fait 85 km². C'est comme si les Montréalais avait plus du tiers de l'île de Laval en espaces sauvages avec 57 km de côte libre très découpée sur la Méditerranée. En revanche les Montréalais ont le petit Parc des Îles-de-Boucherville (8km²) payant.

Le secteur de la montagne Ste-Victoire, 35km au nord de Marseille, avec 250 km de sentiers balisés, 150 km de sentiers vélo de montagne, inutile de spécifier "accès gratuit" lorsqu'on ne parle pas du Québec. Le parc "National" Oka (24 km²) à 50 km de MTL offre 10 fois moins et payant.
À 35km à l'est de Marseille, le massif de la Ste-Baume offre autant qu'à Ste-Victoire.
Et encore avant même de se rendre jusque là, il y a plein d'options plus près de la ville. Comme vous le verrez sur cette carte des pistes et sentiers de Marseille et sa banlieue, la ligne noire trace un rayon de 15 km du centre-ville. Tous les traits pointillés noires ou rouges sont des sentiers pédestres ou vélos de montagnes libres d'accès.
Et si on va un peu plus loin, le Parc Naturel Régional de Camargue, 65 km de Marseille, 680 km² de milieu sauvage, 25 km de littoral inoccupé, libre et sauvage sur la mer.

 

On peut faire le même constat avec Madrid. Je confirme, pour l'avoir expérimenté en cyclotourisme, tout comme Marseille. En plus de la rareté des lieux "communs" sur la carte de Montréal, on doit faire mention de frais d'accès aux endroits entourés en bleu, alors que tout est librement accessible sur les autres cartes comme c'est le cas dans presque tous les pays d'Europe (et si le Brexit se réalise, le "presque" pourrait être éliminé car l'Angleterre ne serait plus Européen). Voir carte Madrid et Montréal

Pour un petit exemple filmé comparant la situation avec le Québec cliquez sur ce lien

Et pour un vidéo du Parc des Calanques lisez bien la description sous la vidéo avant de visionner.

Le mythe des grands espaces du Québec a la vie dure, laissant croire que le Québec est un grand terrain de jeux de grands espaces accessibles à loisir. Le mythe jette de la poudre aux yeux même aux québécois, eux qui en sont victimes à la fin, par inconscience que le 90% du territoire du Québec qui alimente le Mythe ne fait pas partie de leur milieu de vie.

Ce qui fait qu'on a négligé de prévoir de l'espace commun significatif dans le Québec habité, pour pouvoir circuler, lorsqu'on quitte son véhicule sur la voie publique pour tenter de s'immiscer dans le paysage, car à partir de là, il y a de fortes chances d'être en territoire privé, et si ce n'est pas le cas, vous devrez vous munir du "permis de marche" approprié pour une balade en forêt par exemple. L'expression "Terre publique" n'a pas le même sens au Québec qu'ailleurs (le ailleurs peut-être constaté à moindre mesure juste à côté en Ontario, ou encore mieux au sud de la fronti`ere aux USA), parce que les terres publiques du "Québec habité" sont presque toutes d'accès tarifés et celles qui ne le sont pas encore le seront prochainement, puisque la tendance se maintient. Voir cet extrait documentaire pour mettre des images sur les mots.

Même dans un possible Québec souverain, un rapatriement des pouvoirs ne garantit pas un changement de mentalité pour l'accès libre au territoire. C'est le gouvernement Péquiste de Lucien Bouchard qui a imposé en 2000 des frais d'accès pour les parcs gérées par la Sépaq. Son successeur Bernard Landry en 2001 a fait changé le nom des parcs provinciaux du Québec, devenus faussement "Parcs Nationaux" et inclus aveuglément dans le vocabulaire de tous maintenant, ce changement de nom n'affecte en rien l'inaccessibilité pour les moins nantis.  La Sépaq n'est pas la vache à lait qu'on peut croire, ces terres "publiques" gérées par la Sépaq sont subventionnées par tous, même par les gens qui n'y ont pas accès. Le sur-aménagement, on a qu'à penser au nouveau bâtiment "d'accueil" opulent du lac Monroe, les 2,900 employés qui justifient le salaire des directeurs, dont ces patrouilleurs en camions qui nous contrôlent à savoir si on a payé les droit d'accès qui paient une partie de leurs salaires outre les subventions.

 $8.50/personne comme frais d'accès journaliers dans ces parcs "nationaux" du Québec (2016), faut ajouter $9 pour le stationnement à la plage dans certains parcs (2016). En France comme en Espagne (que je connais bien), sauf de très rares exceptions, on circule librement sur le territoire public, il n'y a même pas de guérites dans les parcs nationaux.

Au USA, des 409 parcs et monuments nationaux, 282 sont d'accès gratuit alors que dans les 127 autres, on y accède avec la passe annuelle à $80usd bonne pour un véhicule et ses 4 passagers adultes , gratuit pour 16 ans et moins. Cette même passe est bonne aussi bien pour les parcs d'Alaska et d'Hawaï.
Comme exemple de parc où la passe n'est pas requise, le parc national Voyageurs au Minnesota, c'est comme le parc de la Mauricie par ses caractéristiques mais 60% plus vaste et d'accès gratuit.
Autre comparaison, le parc du Domaine Vert à Mirabel, qualifié de parc régional, c'est un banal petit boisé de 6 km² coincé entre 3 terrains de golf et une ancienne carrière, la passe annuelle à $107/personne valable seulement pour cet endroit, donc, ça fait $18/km².
Considérant la passe annuelle valable pour tous les grands parcs nationaux américains à $80usd bonne pour 4 adultes dans la même voiture, donc $20usd/pers, donnant droit à 210,000 km². Évidemment, la comparaison n'a pas de sens, malgré que bien réelle entre l'accès au Domaine Vert  et  le parc Yellowstone ou Grand Canyon par exemple.
L'incongruité vaut pour les accès au territoire de tout acabit dans le "Québec habité".

 

Le plus beau dans tout cela ce sont les National Forests, tous les Québécois connaissent les Montagnes Blanches du New-Hampshire par exemple. Les National Forests couvrent 4 fois plus de territoire que les National Parks et sont libres d'accès avec stationnements dédiés. De plus, le camping sauvage (dispersed Camping) est permis sans frais à condition d'être à plus de ¾ km (½mille) d'une route, ou camping aménagé. Même chose pour la chasse et la pêche, pas de frais journaliers contrairement au Québec.
Dans la plupart des États, les State Forests (ne pas confondre avec les State Parks) répondent aux mêmes critères. Il est difficile de rassembler les chiffres pour tout le pays mais on peut dire qu'ils occupent une portion de territoire probablement plus importante que les National Forests.
             Par exemple voici quelques chiffres pour le Minnesota;

_ Superficie des State Forests; 16,000 km², 25% des forêts de l'État, accès libre.
_ Superficie de l’État; 225,000 km² dont 56,250 km² en terres publiques soit 25% de la superficie l’État et libre d'accès sauf dans les State Parks (0.5% de l'État ou
2% des terres publiques) dont les frais d'accès équivalent presqu'à la gratuité au Québec.   

_ Les Minnesotains sont 2 fois moins entassés que les Québécois. Voir carte ci-contre »»

_ Avec ses 11,800 lacs de plus de 10 acres, le Minnesota n'a rien à envier au Québec pour le potentiel de pêche et chasse. Pourtant, il n'y a pas de pourvoyeurs à droit exclusifs, ni de ZECS, ni rien qui ressemble à la Sépaq pour entraver le libre accès aux plans d'eau et au territoire.

_ Plus de 3,000 rampes de mise à l'eau et d'innombrables jetées, l'accès libre est une priorité là-bas, comme un peu partout ailleurs qu'au Québec.

_  Pour le tout, une application mobile (visionnable aussi sur PC) est fournie gratuitement par l'état. Une immense bibliothèque d'infos,  pour accéder au territoire gratuitement. Avec votre position GPS, on vous indique la direction de l'accès au plan d'eau le plus proche, les rivières canotables et leurs sites de camping riverains rustiques souvent gratuits, les délimitations de terres publiques et bien plus.

_ Montréal est une ville d'eau, mais n'a pas d'accès baignade sur plan d'eau naturel à moins de 35 km du centre-ville. C'est la plage payante Cap St-Jacques sur le lac des Deux-Montagnes, ce lac qui fait 50 km².

Minneapolis, la métropole du Minnesota, est aussi une ville d'eau avec 40 plages d'accès gratuit dans un rayon de 35 km du centre-ville.  Il y a 24 plages publiques sur le lac Minnetonka qui est environ de la même dimension que le lac Deux-Montagnes et seulement à 20 km du centre-ville.

Sur le portail Web TourismeLaurentides(2016) on nous donne une liste de 16 plages, dont la plus éloignée est à 250 km de Montréal sur un très petit lac, 11 de ces plages sont payantes. Pour étoffer un peu cette maigre liste on y a inclut la "plage" Naya à Mirabel, c'est un petit étang artificiel à accès payant. Le fait que ces endroits sont bondés en dit long sur les options disponibles.

 

Nos États voisins ont une gestion territoriale qui va dans le même sens que l'exemple du Minnesota,  suffit qu'à voir la carte ci-contre de la vallée du Lac Champlain, partagée entre le Vermont et l'État de New-York avec les facilités d'accès pour mettre à l'eau une embarcation sans frais. Au New-Hampshire près de 20% du territoire total est libre d'accès.

Par contre, aux USA, il y a une nuance au Massachusetts et Maine par rapport aux autres États, en ce sens qu'ils sont les 2 seuls États (le Maine faisait partie du Massachusetts à ce moment) à n'avoir pas adhéré au "Public Access Doctrine" du Droit Constitutionnel et ces deux États ont une vue plus étroite du "Public Trust Doctrine" (voir surlignés dans ce document). Malgré tout, rien ne surpasse le Québec pour le manque de vision dans ce domaine.

Pas étonnant que des milliers de québécois se donnent la peine de traverser les postes douaniers tous les week-ends pour aller prendre l'air chez nos voisins dans les Adirondacks ou les Montagnes Blanches. Des réfugiés de fin de semaine en quelque sorte, fuyant leurs cages du Québec.


C'est au cours de mes premiers voyages à vélo à l'étranger que j'ai pris conscience de la particularité du Québec sur le plan de l'accès au territoire en général. Parce qu'à vélo on fait plus que du point A à B, et j'y ai découvert le bonheur de pouvoir me rafraîchir dans les rivières le long de ma route, presque sans contrainte, ou pas de contraintes du tout en Espagne, sans espérer le prochain pont pour profiter de la mince emprise du ministère des transports du Québec (et encore...si c'est possible, voir cette vidéo) à cause du bouclier de propriétés privées bloquant l'accès aux cours d'eau et bords de mer. Tout est question légale prévue à cet effet ailleurs mais pas au Québec.

Accès sentiers plein air Marseilles
Carte sentiers Marseilles

Carte des pistes et sentiers de Marseille et sa banlieue, la ligne noire trace un rayon de 15 km du centre-ville. Tous les traits pointillés noirs ou rouges sont des sentiers pédestres ou vélos de montagnes libres d'accès.

Québec habité
Québec habité

Québec privé, on remarque qu'il occupe plus d'espace que le Québec habité. Les espaces blancs au sud sont le plus souvent des parcs Sépaq ou régionaux, des zec (zones d'exploitation contrôlées), des pourvoiries à droits exclusifs et ce sont toutes des zones à accès tarifiés.

Québec habité privé+SEPAQ+zec+Pourvoiries. Tout ce qui n'est pas blanc n'est pas libre d'accès.

Québec habité-privé+SEPAQ+zec+Pourvoiries. Tout ce qui n'est pas blanc n'est pas libre d'accès. De plus, il manque les parcs régionaux qui tarifient aussi l'accès, trop compliqué d'y mettre tous les acteurs des "terres publiques" sur une même carte à cet échelle.

USA National Parks
USA National Parks
USA National Forests
USA National Forests
Densité population Québec, occupation territoire Québec vs Minnesota
Occupation territoire Québec vs Minnesota
Québec habité+privé et le Bouclier Canadien
Québec habité+privé et le Bouclier Canadien


Comparatif sur l'accès aux grands espaces dans les Laurentides du Québec, le Verdon en France. Cliquer en bas à droite pour plein écran

Bilan 2016 sur la problématique de l'accès lacs et cours d'eau, un pan critique du problème d'accès au territoire du Québec en général.

Pendant que la population non-riveraine est exclue des lacs, les souris dansent au lac l'Achigan!

Reportage de l'émission LaFacture sur l'accès exclusif des lacs du Québec.




Canada et Bouclier Canadien
Canada et Bouclier Canadien
On remarque bien la répartition de la population qui empiète à peine sur le Bouclier Canadien
Canada habité et Bouclier Canadien

Évidemment qu'il y a des grands espaces au Québec, le chiffre de 5 habitants/km² en dit un peu et du coup pas assez sur la façon dont le territoire est occupé. En fait, 97% de la population occupe 11.5% du territoire, soit environ 36 personnes par kilomètre carré. Les deux tiers des Québécois habitent à l’intérieur d’une zone de 10 kilomètres de largeur de chaque côté du fleuve. Près de la moitié des Québécois vit dans la grande région de Montréal, y compris les couronnes nord et sud. Nous sommes 3 fois plus entassés que les Norvégiens, 2 fois plus que les Minnesotains qui disposent d'un plus petit territoire, mais l'occupent en entier. Pourquoi donc ce confinement sur une petite portion? Simplement parce que le reste est inhabitable. Effectivement, 90% du Québec est occupé par le Bouclier Canadien, cette terre de Caïn inhospitalière, infertile, c'est la partie exposée de la croûte terrestre, mal drainée par le roc précambrien à fleur de sol, naturellement acide, expliquant les 500,000 lacs du Québec, les innombrables tourbières et les moustiques qui viennent avec. Ce n'est pas seulement une question de climat, vous verrez plus loin que, les parties les plus nordiques du "Québec habité" , la région de l'Abitibi et la plaine fertile du Lac St-Jean sont des aberrations, comme des oasis du Bouclier Canadien.

 

Alors le Québec inhabitable faut l'oublier comme terrain de jeux, en fait, c'est plus simple et moins dispendieux pour un Montréalais d'aller en Europe ou au parc Yellowstone aux USA, que dans le Grand Nord du Québec. C'est pourquoi l'accessibilité au territoire habité ou de proximité est cruciale pour les québécois, d'autant plus que ce fait a été négligé plus qu'ailleurs.

Les données officielles du gouvernement du Québec disent que 92% du territoire est public. Mais la très grande majorité des gens ne verront jamais ces terres hostiles du Nord, ce n'est pas notre milieu de vie.
Les données officielles du gouvernement du Québec disent que 92% du territoire est public. Mais la très grande majorité des gens ne verront jamais ces terres hostiles du Nord, ce n'est pas notre milieu de vie.

Les lacs du Québec sont devenus des champs de cowboys exclusifs.

Une petite famille française découvre une réalité du Québec insoupçonnée.



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